ValkyriesWebzine.com – Az Esm’ (2015) review

Bien que la scène metal outre-Caucase soit très foisonnante, je reconnais que pour caricaturer, excepté avec Arkona, je me suis bien trop rarement aventurée non pas sur un terrain glissant, mais vers ces terres qui me sont quasiment inconnues. La raison à ce que vous considérerez peut-être comme un outrage ? La langue, tout simplement. J’admets que les sonorités slaves me rebutent souvent, mais comme je reste très ouverte d’esprit et que l’on est toujours amené à changer d’avis, j’ai néanmoins décidé de poursuivre mon voyage initiatique dans ces mystérieuses contrées avec le dernier bébé en date de Welicoruss, Az Esm` (I Am).

Depuis 2002, bien de choses ont changé sur la planète Welicoruss : le one-man-band originel venu de Novosibirsk en Sibérie en la personne d’Alexey Boganov devient en 2005 un groupe à part entière. Venant à bout d’un changement de lineup et à force d’un travail acharné, le premier full-length Wintermoon Symphony voit enfin le jour en 2008, via CD-Maximum. Pour Boganov, c’est la consécration, la machine Welicoruss est bel et bien en marche. Histoire de nous faire patienter, le groupe sort par la suite deux EP, dont Kharnha en 2009 via Domestic Genocide Records, délicieux avant-gout de ce qui nous attend dans Az Esm`. Au menu, cinq titres : la future introduction, « Bridge of Hope », « Kharnha », « Dolmen », et la version orchestrale du morceau éponyme. Lors de l’automne 2013, le groupe s’expatrie à Prague en République Tchèque et enregistre pour la première fois son deuxième album en auto-production.

Le voyage commence dès l’artwork, à la fois sobre et complexe. À l’image de la musique, la pochette fourmille de détails et représente un être trinitaire déployant ses ailes, surplombant une mer agitée sur fond de monts enneigés. Spiritualité, paganisme, nature, toutes les thématiques chères à Boganov s’illustrent d’ores et déjà.

L’album commence sur un court morceau introduit par un didgeridoo, suivi par la voix narrative grave et mystérieuse d’un vieil homme, pour un rendu à la fois sombre et folklorique. C’est dès le morceau éponyme que le son de Welicoruss éclatera dans toute sa splendeur, à l’instar de cet être trinitaire. Tout au long de l’album, les orchestrations seront de mise, pour un résultat de toute beauté, puissant et grandiloquent. On ne peut que s’incliner devant le talent de Boganov, car en plus d’avoir écrit les paroles à l’aide d’Anastasia Kriger, le chanteur a également pris en charge la composition des morceaux. Étant donné la nuée d’acteurs musicaux intervenant sur cet album, cela n’était pas une mince affaire, mais le résultat est parfaitement à la hauteur de nos attentes. Le groupe a en effet fait appel à de nombreux guests, et l’on peut ainsi profiter d’une extrême richesse. En plus des basses et des guitares qui ne font pas dans la dentelle, les instruments traditionnels tels que le didgeridoo, la cornemuse et les percussions ethniques sont sollicités. Welicoruss ne fait manifestement pas les choses à moitié, les instrumentations sont tout simplement grandioses et à couper le souffle, et la production est absolument nickel chrome !

Az Esm` regorge également de sublimes breaks de guitare. Presque tous les morceaux en contiennent un, mais ce sera surtout celui de « Fragments of Forgotten Dreams » qui retiendra particulièrement mon attention, de par ses sonorités épiques qui m’ont rappelé celles que l’on peut entendre dans Laguz d’Ancient Rites.

Les voix sont un autre élément crucial dans l’album, et créent une atmosphère tantôt lyrique, tantôt inquiétante rappelant parfois celle d’Arkona. Une voix d’enfant dans « Voice of the Millenium » à laquelle répond celle d’un vieillard, deux sopranos, un barriton et un chant grave, tels sont les personnages qui viennent contrer l’agressivité dans le chant coléreux de Bokanov, particulièrement poignant dans « Sons of the North ». Le frontman joue également la voix de l’éternité dans « Bridge of Hope » et dans l’épilogue.

« Fires of Our Native Land » tranche radicalement avec le reste de l’album et se pose en interlude prenant des allures d’hymne. Les chœurs graves et mélancoliques délivrent un sentiment d’appartenance et de patriotisme d’une grande intensité. Davantage porté sur les sonorités acoustiques, l’ambiance qui se dégage en devient plus apaisante.

Bref en ce qui me concerne, Welicoruss m’a donné une sacrée bonne leçon, et je ne m’attendais pas à ce que le groupe me réconcilie avec le black pagan russe. C’est vous dire à quel point Az Esm` est une pure réussite et je vous encourage vivement à l’apprivoiser. Pour ma part, je tire ma révérence !

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valkyrieswebzine.com